À droite, à gauche, en arrière, tout droit

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Cinq questions pour choisir le cours à prendre

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Il y a quelques mois, j’étais ici assis autour d’une table à Montréal, avec trois amis avec qui j’ai le plaisir de travailler et pour qui j’éprouve un immense respect. Au-dessus des quelques restes d’un excellent repas, la conversation nous a mené à la question des principes que nous tenons, qui nous amènent à prendre les décisions que nous prenons. Chacun des choix que nous faisons, en tant qu’individus ou en tant que groupe, est conditionné par des principes. Souvent, ces principes restent implicites, inconscients. Qu’est-ce qui devient possible pour nous quand ces choix sont propulsés par des principes explicites, conscients?

Voilà huit semaines que j’ai quitté le véhicule que je pensais être ma maison de travail, Percolab. Depuis les dernières années, c’était l’ancrage de mon identité de professionnel. C’était mon terrain d’apprentissage et d’appartenance, que j’allais construire avec un groupe d’êtres humains avec les quels je croyais fermement que rien n’était impossible, aucun obstacle incontournable, aucune conversation inaccessible. J’avais trouvé mon ancrage: « Home ». J’avais l’impression d’être surpuissant.

Et pourtant, après toutes ces années où Percolab m’est apparu comme un bastion de stabilité, il y a quelques semaines je me suis découvert fatigué. Incapable d’avancer. Frustré. Bloqué. J’ai compris que l’organisation avançait dans une direction qui n’était pas la mienne, et que ça créait en moi un essoufflement. Percolab faisait le choix de se développer, de se déployer et c’est quelque chose de magnifique et nécessaire. Mais c’était aussi un moment où j’avais besoin de profondeur, d’apprentissage, de connection. J’avais besoin de ralentir, et d’un rythme qui me permette de souffler. J’ai donc pris la décision à ce moment-là de changer de cap, et de quitter. C’est un point de bifurcation qui s’est présenté, et un choix a été fait. Mais qu’est-ce qu’il y a derrière ce choix?

C’est ça qui me ramène à cette histoire de principes, particulièrement dans les projets que nous faisons, mais c’est valable dans toutes nos vies. Qu’est-ce qui nous pousse à prendre telle ou telle direction, à accepter ou refuser des projets? Il y a des mois de ça, c’était le coeur de la conversation autour de la petite table du restaurant. Et je me souviens aujourd’hui qu’à cette question simple: « qu’est ce qui nous amène à accepter un projet plus qu’un autre? », l’un de nous avait répondu que la question pour lui était de savoir si ce projet allait faire de lui une meilleure personne. Ses quelques mots m’ont fait l’effet d’un coup de gong.

Je suis resté avec cette réponse. Et je l’ai reprise à mon compte. J’ai compris que pour moi aussi, ça avait été un principe directeur de mes choix de vie et de travail. Là où ce moment a fait une différence pour moi, c’est que j’ai compris qu’à compter de cet instant, c’était devenu un principe explicite. J’allais faire du travail qui ferait de moi une meilleure personne.

Et aujourd’hui je veux explorer quels sont mes autres principes. Sans surprise, c’est une liste de questions. Et c’est une liste vivante, c’est dire qu’elle est vouée à s’enrichir avec le temps: parce qu’en effet, la clarté qui se fait n’est pas tant un résultat qu’un processus de dévoilement infini.

  1. Est ce que ce projet fait de moi une meilleure personne?

Nous sommes tous des êtres humains en devenir. Et si je veux participer à la transformation du monde qui m’entoure, ça commence par moi-même. Par reconnaître les pouvoirs que je tiens et ceux que j’hérite. J’ai un privilège, une voix, un statut. Je sais naviguer la culture dominante, parce que je lui ressemble, parce que des gens comme moi l’ont créée. Je veux participer à un monde plus juste, un monde où chaque être humain pour être vu, entendu honoré, et élevé à la hauteur de son potentiel. Ça commence par voir et reconnaître mon propre rapport au pouvoir, au privilège, à la parole. Je veux et j’appelle donc des projets où je peux apprendre sur moi-même, sur les autres, où je développe mon pouvoir d’être une version plus puissante, meilleure de moi-même.

2. Est-ce que ce projet ajoute de la beauté dans le monde?

Cultiver la beauté autour de moi, c’est tenir la ligne entre ce qui est et ce qu’on voudrait voir, et être. Je définis la beauté en termes de cohérence. Certains parlent d’alignement. Le soin et le questionnement sont mes armes pour toucher cette cohérence. Je veux mettre mon énergie dans des espaces qui me permettront d’affûter ces armes, des projets qui recherchent explicitement cette forme de beauté.

3. Est-ce que ce projet me donne un peu la trouille?

Je veux des projets et des espaces qui me poussent vers ce qui me fait peur, vers ce qui me fait trembler. Parce que j’ai le sentiment que là où le tremblement est, c’est là qu’on trouve l’apprentissage. On tremble parce qu’on touche à la limite, à un possible qui n’est pas encore nommé. Je veux des projets qui me font toucher à cette possibilité de développer mon pouvoir, qui me donnent l’espace et me demandent de le faire en sautant dans l’inconnu.

4. Est-ce que ce projet va laisser le monde dans un meilleur état qu’il l’a trouvé?

Je veux aider ceux qui veulent faire du bon travail, en prenant soin d’eux-mêmes et des autres. Je veux aider ceux qui veulent faire du bon travail, en travaillant mieux. J’écoute. Je questionne, avec bienveillance et ouverture. Et ensemble, nous devenons capables de dévoiler les zones obscures, les ombres, les hors-pistes. Ensemble nous développons notre capacité à voir les récifs où les bonnes intentions échouent. Ensemble nous apprenons à pratiquer à partir de ce que l’on ne sait pas pour augmenter ce que l’on sait.

5. Est-ce que ce projet nous aidera collectivement à apprendre à faire de meilleurs choix?

Je veux être en co-apprentissage de ma capacité pleine d’être humain, avec toutes mes forces et mes vulnérabilités, en relation avec d’autres humains. Ça veut dire apprendre à être ensemble dans des organisations qui sont des espaces pour explorer nos dons, et surtout où ces dons sont voulus et appelés. Je veux soutenir l’émergence d’une nouvelle culture du vivre, penser et faire ensemble. Cette nouvelle culture, il faut savoir l’écouter et la voir. La dévoiler. Elle ne se laisse pas apprivoiser facilement. On a appris à se la cacher. Cette culture nouvelle, elle s’exprime à travers des pratiques d’écoute et de soin: soin des autres, et écoute de ce que la vie appelle. C’est seulement là que nous deviendrons capables de meilleurs choix collectifs, et de pleinement participer au bien-être de ce que Rachel (7 ans) appelle dans son infinie sagesse: “le royaume du vivant”.

Et si on apprenait

ensemble

l’art de devenir humains

pour mieux nous voir et

nous connaître et

nous aider les uns et les autres

à réaliser

notre plein potentiel

au service du vivant?

Et vous, quels sont vos petits et grands principes pour choisir le cours de vos pas?

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